
Les jumelles
Parijs : Laffont, 2008. ISBN 978-2-221-10447-7
Traduction: Hélène Papot
Les héroïnes du roman,
les jumelles, naissent en 1916, à Cologne, en Allemagne. A l'âge
de six ans, elles perdent leurs parents et, le jour même des funérailles,
elles sont séparées l'une de l'autre.
La plus solide, Anna, est emmenée par son grand-père dans
la ferme familiale du Teutoburgerwald, tandis que Lotte, tuberculeuse,
sera soignée et élevée près d'Amsterdam
dans la grande maison d'un arrière-cousin. Tout de suite après
leur separation, la grand-père, un home rigide et borne, se dispute
avec la branche néerlandaise de la famille. Dès lors,
toutes les communications entre elles sont coupées.
Anna échoue donc dans une ferme d'une region pauvre, conservatrice
et catholique.
Dès son arrive elle doit travailler dur: nourrir les animaux,
nettoyer, aider à la récolte. Plus tard, elle deviant
member de la "Hitlerjugend" et se marie avec un officier SS
que sera tué vers la fin de la guerre par les Américains..
Elle reste veuve, souffrira des grands bombardements sur Berlin et Vienne;
travaillant comme infirmière `a la Croix-Rouge, elle soignera
des soldats allemands grièvement blessés. Ainsi elle représente,
dans le livre, le côté allemande et la souffrance de la
population Durant la Seconde Guerre Mondiale.
Sa soeur Lotte grandit dans une grande famille néerlandaise aux
convictions socialistes. Pendant la guerre, on dissimule dix juifs et
deux réfractaires au Service du Travail Obligatoire. La fiancé
israélite de Lotte est arête lors d'une rafle et disparaît
dans un camp de concentration. Elle-même renie au fil du temps
ses origines et se dévoue à la cause des juifs cachés
dans la maison de ses parents adoptifs. A la fin de la guerre, totalement
identifiée à son pays d'adoption et au destin juif, elle
est devenue violemment anti-allemande.
Le roman s'ouvre longtemps après ces événements,
quand les deux surs septuagénaires se rencontrent par hasard
à la station thermale de Spa où elles soignent leur arthrite.
Après s'être reconnues, il faut refaire connaissance en
de longues conversations et en des récits ponctués de
disputes où elles tentent de liquider, à leur échelle,
le passif de la guerre.
Anna, très heureuse d'avoir enfin retrouvé sa sur,
tente de lui faire comprendre comment Hitler a pu devenir populaire
et ce que fut la vie en Allemande sous sa domination. Mais elle se heurte
à l'hostilité de Lotte, traumatisée par ses souvenir
et convaincue de la supériorité morale des Néerlandais
face à la "discipline prussienne" des Allemands dont
Anna lui semble être la représentante. Pour Lotte, il va
falloir admettre que, dans les choix individuels, la claire vision du
"Bien" et du "Mal" peut se trouver opacifiée
par les circonstances de la vie. Etre du bon côté est aussi,
pour certains, une question de chance.
Derrière l'effort surhumain que font ces jumelles pour surmonter
leur antagonisme, cinquante ans après la guerre, il faut lire
la situation de deux pays voisins, séparés accidentellements
par des circonstances historiques. Il en va encore ainsi aujourd'hui
en Bosnie, au Kosovo ou en Tchétchénie où une guerre
ne s'achève pas uniquement avec un traité de paix. Elle
dure longtemps dans les âmes des gens et peut même renaître
de ses cendres si personne n'essaie de comprendre le parti opposé.